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cadavresexquis
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welcome to the vampyr world Tout ce qui touche au monde du vampirisme.Amie d'un(e) certain(e) gothic
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14.10.2006
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CAS DE VAMPIRISME

Richard Chase

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
Chase fut surnommé le «Vampire de Sacramento» à cause de son goût pour le sang qu'il but à de nombreuses reprises et tenta même de s'injecter. Lorsqu'il avoua que des voix lui avaient demandé de sacrifier des êtres humains, on essaya de savoir comment il procédait et pourquoi il avait choisi telle victime et non pas une autre. Il indiqua alors qu'il cherchait une maison avec une porte ouverte. Lorsque la porte était verrouillée, il n'insistait pas. Devant la surprise des agents du FBI qui pensaient qu'il aurait pu forcer une des portes sans la moindre difficulté, il répondit avec un grand calme : Quand une porte est fermé à clef, ça veut dire qu'on n'est pas le bienvenu. Ca, tout vampire qui se respecte le sait bien depuis la publication du Dracula de Bram Stoker: il ne peut entrer dans une maison sans y avoir été au préalable invité…

En 1976, il fut placé dans une institution spécialisé après avoir tenté de s'injecter dans les veines du sang de lapin. Jusqu'a cet événement qui le conduisit à l'hôpital, il s'était contenté d'acheter des lapins, de les éviscérer et d'en mélanger les vicères avec le sang avant d'en boire le tout. Les infirmières le trouvaient extrêmement effrayant et le personnel l'avait surnommé DRACULA. Il aimait déchiqueter les oiseaux à coups de dents et on le retrouva plusieurs fois les vêtements et le visage maculés de sang. Il croyait qu'on voulait l'empoisonner ( l'influence de sa mère est évidente) et que son propre sang menaçait de se dessécher. Il était convaincu qu'il avait besoin de sang frais pour régénérer le sien sinon il risquait la mort. Il fut finalement libéré en 1977 car les médecins l'estimèrent capable de se contrôler.

En 1977, il fut retrouvé nu, errant dans la région du lac Tahoe. Son corps était couvert de sang et il fut arrêté. Mais il fut établi que le sang et le foie trouvé dans un sac plastique au fond de sa voiture, provenaient d'un animal et il fut relâché. Il commença à s'attaquer à des animaux des environs. Il tuait ces animaux et en mixait le sang et les viscères dans des boites de Coca-Cola avant d'en absorber le contenu. Il était également persuadé que ses organes se déplaçaient à l'intérieur de son corps et que son cœur rapetissait à cause du manque de sang. Sa psychose devenait de plus en plus évidente.

A la fin de l'année, il tira sur un inconnu, le tua et blessa une autre femme sur laquelle il avait fait feu à travers les vitres de son appartement. Complètement perturbé, entendant des voix qui lui ordonnaient de tuer, c'est vers cette époque qu'il commi six horribles crimes particulièrement sanglants (relatés plus bas). Longtemps, CHASE n'indiqua pas les raisons qui le poussaient à commettre ces crimes. Puis CHASE écrivit une courte lettre d'explication plutôt hallucinante qui montre bien les effets de sa psychose paranoïde: «La première fois que j'ai tué, c'était une sorte d'accident. Ma voiture était tombé en panne; la transmission ne marchait plus. Il fallait que je me trouve un appartement car ma mère ne voulait plus me recevoir pour noël. D'habitude, j'allais chez elle a Noël et je discutais avec ma mère, ma grand-mère et ma sœur. Cette fois-ci, elle a refusé, alors j'ai tiré la portière de ma camionnette et j'ai tué quelqu'un. La deuxième fois, les gens avaient gagné plein d'argent et j'étais jaloux. On me surveillait; j'ai tué cette bonne femme et j'ai recueilli un peu de sang. Je suis entré dans une autre maison et j'ai descendu toute la famille. Quelqu'un m'a vu. La fille s'est pointée et a appelé la police, mais les flics n'ont pas réussi a me dénicher. La fille, c'était la petite amie de Curt Silva – mon copain qui est mort dans un accident de voiture. Je crois que c'est le syndicat qui l'a fait descendre, parce qu'il était dans la mafia et qu'il vendait de la drogue. La fille se souvenait de Curt, et j'ai essayé de lui soutirer des informations. Elle m'a dit qu'elle s'était mariée avec un autre et qu'elle ne voulait pas me parler. Le syndicat se faisait de l'argent en obligeant ma mère à m'empoisonner. Je les connais et je les traînerais devant les tribunaux quand j'aurais réussi à rassembler tous les morceaux».

Le procès de CHASE commença début de l'année 1979. Il fut condamné à la peine de mort et transféré dans le couloir de la mort dans la prison de San Quentin. Le 26 décembre 1979, le Vampire de Sacramento fut retrouvé mort dans sa cellule. Il avait stocké tous les antidépresseurs qu'on lui donnait habituellement pour le tranquilliser et les avaient avalés d'un coup.

Quelques détails sur les crimes de Richard Chase :

Dans la nuit du 23 janvier 1978, un meurtre particulièrement atroce fut commis dans la ville de Sacramento. Une jeune femme, enceinte de 3 mois, avait été tuée et éventrée...

La jeune femme avait succombé aux coups de feu de son aggresseur. Celui-ci l'avait éventré : le ventre ouvert du nombril au sternum, l'intestin répandu et plusieurs organes avaient disparus. Des excréments avaient été enfoncés dans la bouche de la victime et un pot de yaourt imprégné de sang se trouvait à côté du corps, prouvant que Chase avait bu celui de sa victime.

Une autre jeune femme fut abbatue d'un coup de fusil et éventrée. Cette fois-ci, Chase avait découpé les organes génitaux de la malheureuse et l'avait lacérée de nombreux coups de couteau, s'acharnant sur le visage et la région anale. Cette fois encore, Chase avait bu le sang de sa victime.





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Kuno Hoffman

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
Dans le cimetière sud de Nuremberg, un homme se faufile entre les tombes. On n'entend que le bruissement des feuilles dans le vent. Les noires silhouettes des cyprès se découpent dans le clair de lune. L'homme s'arrête devant une tombe récente. Sur la pierre blanche, un inscription : " A notre chère Stefi " . Elle avait quinze ans lorsqu'un accident de la route l'a enlevé à l'affection des siens et il n'y a pas dix heures qu'elle a été inhumée. L'homme se saisit d'une bêche. Haletant, il retire le cercueil du sable et de la tombe, en arrache le couvercle et extirpe brusquement la jeune morte. Il s'empresse d'arracher le suaire et pose le cadavre à côté de la fosse. Il contemple la défunte pendant quelques instants. Et soudain, il se jette sur elle et la pénètre.

Puis il s'évanouit dans la nuit comme il est venu. Le vrombissement d'un moto décroît dans le lointain.

Cette étrange scène… n'offrait point un cas isolé. Depuis plusieurs mois, quelqu'un rôdait autour des femmes exposées dans la chapelle ardente du cimetière de Würzberg. Dans celui d'Hamburg-Ohlsdorf, on avait découpé la peau d'une morte. A Flensburg, un cadavre féminin avait été décapité, des cercueils éventrés, des corps dénudés . " (Stern, n°12, du 14 mars 1974.)

On parla d'un " vampire " qui effectuait sa ronde, mais on n'entreprit pas de recherches sérieuses. Le Code Pénal allemand n'est pas sévère envers qui rôde la nuit dans les cimetières et perturbe le repos des défunts, pourvu que la violation de sépulture ne soit point scandaleuse, ni accompagnée d'un vol de bijoux.

" A Nuremberg, cependant, les visites nocturnes augmentèrent. On fit en outre les mêmes découvertes macabres à Fürth et la police, alertée, en vint à penser qu'elle avait peut-être affaire à un seul et même coupable. " (Op. cit.)

Le 5 mai 1972, le gardien Georges Warmuth se mit en faction dans le crématoire du cimetière ouest de Nuremberg. " Peu avant dix heures, il entendit quelqu'un ouvrir la porte. Warmuth aperçut très vaguement un homme dans le faisceau lumineux d'une lampe de poche. Il se précipita sur le visiteur nocturne. Un coup de feu éclata. Warmuth s'abattit, atteint au ventre. On découvrit sur les lieux une cartouche de calibre 7,65. L'inconnu s'était enfui. " (Op. cit.)

Le lendemain de cet événement, le garde-chasse Werner Beranek découvrit à Lindelberg, localité sise à environ trente kilomètres de Nuremberg deux cadavres entièrement exsangues dans une voiture Mercédès. Il s'agit de Markus Adler, 24 ans, employé de bureau à Bruchsal, et Ruth Lissy, 18 ans, domiciliée à Nuremberg. La police enquête et trouve quatre balles de calibre 7,65 sur les lieux. Le garde-chasse déclare avoir remarqué un homme de taille moyenne, chétif et inquiet, qui s'enfuyait vers la forêt. Helmut Kostan, un ouvrier de Nuremberg, se souvient alors que le 10 mai 1972, un certain Kuno Hoffman, qui répond au signalement donné par Beranek, a brusquement demandé le règlement de son salaire et abandonné son travail à l'usine.

Hoffman est immédiatement appréhendé quelques heures plus tard et cet homme de trente-neuf ans avoue, non seulement être l'assassin des amoureux de la Mercédès, mais encore avoir tiré sur le gardien de la morgue, Georges Warmuth. Le " vampire des cimetières " est arrêté. Il reconnaît avoir visité au moins quinze nécropoles et déclare sans ambages : Je buvais le sang des femmes mortes, car je voulais les sentir en moi . " Il éprouve à la fois le besoin et la hantise du sang, exactement comme John Haigh. Il en réclame la consommation car son corps est soumis à une véritable force impérieuse et magique. Il craint de ne pouvoir satisfaire sa soif en prison, ni les instincts sadiques qui l'incitaient, par exemple, à ficher un cierge dans les yeux d'une belle défunte : " Pour voir comment elle réagirait. " Expression parfaitement digne d'Ardisson ! (ndlr : un autre sadique nécrophile)

Hoffman ne pouvait approcher les vivantes. Il leur inspirait trop de répulsion. " Achète-toi une poupée en caoutchouc ! " lui avait conseillé sa sœur. Mais il préférait se glisser la nuit dans les cimetières et déterrer les jolies disparues. Il donna cette explication " cannibalique " au meurtre des deux jeunes gens :

" J'ai tué l'homme et bu son sang, parce que je le voulais être aussi beau que lui. Et j'ai tué la fille parce qu'elle était plus belle que celles du cimetière. "

Les professeurs Hans Schildmayer et Dieter Engelhardt ont commencé à étudier ce cas mêlant la nécrophilie au sadisme et à l'agoraphobie. Soumis à des tests divers, Kuno Hoffman, handicapé par son mutisme et sa surdité, a révélé une intelligence bien inférieure à la moyenne, un caractère impulsif, de l'ambition et un manque presque total de sensibilité. Sexuellement frustré, empêché dans ses tentatives de communiquer, il s'est défoulé en profanant des cadavres. " Drame de l'inadapté hanté par une sexualité débridée et vicieuse ", écrit un journaliste.

Peut-être, mais que dire de son passé ? Né en 1932, il fut séparé de son père que le nazisme dirigea sur Dachau en raison de condamnations pour cambriolage, détournement d'enfant et tentative de meurtre sur la personne d'une fillette qu'il venait de violer. Les Américains le libéreront, mais il continuera ses voies de fait et maltraitera son fils au point de le rendre sourd et muet.

Hoffman alla d'écoles pour inadaptés en maisons de redressement. A vingt-deux ans, il n'avait connu que cinq années de liberté.

Peu cultivé, il ne s'est jamais intéressé qu'aux ouvrages populaires traitant de magie noire et de nécromancie. La Justice ne l'estime pas assez fou pour l'enfermer dans un asile. Lui déclare tout ce que l'on veut et écrit au magistrat instructeur pour obtenir du sang de femme et même un prêtre :

" Je veux un prêtre, pour qu'il me donne l'extrême-onction. Ensuite, endormez-moi avec une piqûre. Je veux rejoindre ma mère dans le ciel "…

Existe-t-il un ciel pour de tels " vampires " ?

Fritz Haarmann

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
(Biographie réalisée par Elena)

Tout comme Peter Kurten, Fritz Haarmann fait partie de l’ «école allemande» de l’entre-deux-guerres.

Avant de faire le portrait du célèbre Boucher d’Hanovre, nous allons replacer le contexte historique : Ce climat moral et social n’a sans doute pas à lui seul créé le Boucher d’Hanovre. Mais fruit ou reflet, les faits divers dont il fut le triste héros restent indissociables du sentiment de désespoir qui règnait alors dans le pays.

CONTEXTE HISTORIQUE

L'après-guerre avait en effet plongé le pays dans un état de profond désarroi. Les privations, la défaite et le " diktat " des vainqueurs avaient porté un coup dur au moral. La répression des soulèvements révolutionnaires, la vague de grèves et d'épidémies devaient achever de désorienter la population. Et la naissance en 1919 de la République de Weimar n'allait pas arranger les choses, bien au contraire. Angoisse du présent, peur de l'avenir...Ce n'étaient pas là de simples cauchemars, mais la conséquence d'une situation matérielle effroyable, la vie quotidienne se transformant en une lutte permanente pour se procurer la nourriture, le combustible et les vêtements nécessaires. Les restrictions du temps de guerre avaient fait des Allemands un peuple d'affamés. Dans la région de Hanovre, cette indigence avait provoqué de fortes tensions durant le terrible hiver de 1916-1917.

Au début des années vingt, c'est le naufrage. En novembre 1922, un dollar américain vaut neuf mille marks. Un an plus tard, il en vaut un milliard! En un an, les prix sont multipliés par dix, par cinquante, parfois par cent mille. Dans les magasins, c'est la valse permanente des étiquettes. le sucre est introuvable, la viande rarissime. les chiens disparaissent mystérieusement. les médecins et les avocats se font payer leurs honoraires en nature, préférant une demi-douzaine d’œufs ou un steak à des milliards de marks en monnaie de singe.

Marché noir et corruption sont les deux mamelles de cette Allemagne miséreuse. Toute crise a ses profiteurs : trafiquants, petits et gros, prospèrent et se mêlent à une bourgeoisie combinarde dans les music-halls et les tripots aux attractions scandaleuses.

Car ce chaos social s'accompagne d'une dissolution complète des mœurs. Partout, on ne parle que de prostitution, de ballets bleus ou roses.

PORTRAIT

Âgé d'environ quarante-cinq ans, Haarmann est un homme d'allure plutôt débonnaire. Son visage rond et son corps bien bâti lui donnent une mine engageante. Sa physionomie banale a pourtant quelque chose d'un peu étrange: un menton un peu trop large, des joues rebondies qui s'écartent pour découvrir des dents pointues, des yeux petits et vifs, des oreilles décollées et plantées plus bas que les yeux. Les mains, blanches et fines, contrastent avec le corps robuste : Fritz apprécie les travaux féminins et consacre de longues heures à la couture et à la pâtisserie.

Dans le voisinage, Herr Haarmann ne fait pas l'unanimité. Son homosexualité notoire ne choque plus grand monde à l'époque, mais quand même...Cela occasionne de fréquents tapages nocturnes, ces garçons qui montent et dévalent l'escalier à des heures impossibles. La plupart d'entre eux sont de simples aventures d'une nuit, qu'on ne revoit plus jamais. Le seul "régulier" est cette petite gouape de Hans Grans, un voyou d'une vingtaine d'années, voleur, souteneur, dont on ne sait s'il est le protégé de Herr Haarmann ou son âme damnée.

L'inquiétude qu'inspire à certains la silhouette de Fritz Haarmann n'est pas dénuée de tout fondement. Herr Haarmann possède un casier judiciaire assez bien rempli. Dès l'âge de dix-sept ans, il a été condamné pour attentat à la pudeur sur des enfants. Le centre psychiatrique qui l'a pris en charge a diagnostiqué une "arriération congénitale".

ENFANCE et VIE ADULTE

Né en 1879, Haarmann était un arriéré mental rusé, cruel, insensible à la douleur d’autrui et porté uniquement vers la satisfaction immédiate de ses caprices. Pourtant, si son intellect ne dépassait pas celui d’un enfant de 10 ans, il n’était pas fou. Il n’avait guère conscience de ce qui l’entourait et vivait dans un monde fermé. Une tendance accrue encore par son homosexualité notoire, source de rejet contre par la société.

L'expression est sans doute un peu forte. A l'école, les professeurs de Fritz considéraient bien ses capacités intellectuelles comme inférieures à la moyenne, mais de justesse. Élève modèle, quoique un peu taciturne, Fritz devait son caractère renfermé à une situation familiale difficile. Son enfance fut en effet marquée par une haine profonde pour son braillard de père et par une grande tendresse pour sa mère, clouée sur un lit à l'âge de quarante ans. Les psychologues ne seront pas surpris d'apprendre que Fritz développe très tôt un goût pour les poupées et pour le travestisme. Il pratique également la couture, qui restera un de ses passe-temps favoris.

Un temps apprenti serrurier, il se trouve bientôt enrôlé dans une école militaire. Discipliné, doté d'un physique solide, il fait d'abord bonne impression. Pas longtemps : quinze jours après son arrivée, il est envoyé dans un hôpital militaire pour dérangement mental. A dix-sept ans, il est rendu à la vie civile.

Cette affaire d'attentat aux mœurs lui vaut un un internement dans un établissement psychiatrique. Il ne supporte pas, s'évade et gagne la Suisse. Deux ans plus tard, il est de retour à Hanovre. Cette absence n'a pas arrangé la relation orageuse qu'il entretient avec son père : en 1903, le père Haarmann fait irruption dans le poste de police local pour accuser son fils de tous les crimes possibles et demander son internement. Le médecin qui examine Fritz le déclare amoral, grossier, vindicatif, peu intelligent mais sain d'esprit". En conclusion, il ne voit aucun motif sérieux de l'enfermer chez les fous. L'armée fera aussi bien l'affaire...

L'uniforme ou la camisole... Fritz s'engage dans l'armée allemande. il est aussitôt affecté au 10e bataillon de chasseurs d'élite (sic) dont la garnison se trouvait à Colmar, dans ce qui était encore l'Elsass. Le deuxième classe Haarmann bénéficie d'excellents états de service, qu'il doit davantage à sa docilité qu'à son sens de l'initiative. Mais une crise de neurasthénie va lui fermer définitivement les portes de la carrière militaire. il en conservera néanmoins une modeste pension qu'il touchera jusqu'en 1924.

De retour à Hanovre, il va vivre de petits larcins et d'escroqueries. Peu à peu, il fraie avec la pègre de l'endroit. Manque de chance ou d'habileté, il est arrêté à plusieurs reprises et passe une bonne partie de son temps en prison. En 1913, il est condamné à cinq ans de réclusion. C'est ainsi que Fritz Haarmann vit toute la première guerre mondiale dans une cellule et échappe donc à la grande boucherie qui ravage l'Europe.

En 1918, lorsque Fritz retrouve la liberté, la guerre est finie, l'Allemagne est vaincue, sous le joug. Haarmann comprend vite le parti qu'il peut tirer de la désorganisation et d'un marché noir florissant. Comme quoi il n'était pas aussi arriéré qu'on a bien voulu le dire. En avril 1918, il loue boutique et arrière-boutique au 27, Kellerstrasse, dans la vieille ville.

Il se livre là à de curieux trafics. Las voisins le voient sortir avec de lourds sacs.

MARCHE NOIR

Certes, d'étranges rumeurs circulent sur son compte, mais elles ne pèsent pas lourd face à un avantage bien concret : grand initié du marché noir, Herr Haarmann est en effet le fournisseur en viande d'un bon nombre de locataires et d'habitants du quartier. Cela permet d'améliorer l'ordinaire composé de pommes de terre et de raves à l'eau salée, ou de tartines de pain noir garnies de saindoux.

Régulièrement, Haarmann descend de sa chambre en portant à bout de bras un seau sur lequel il a jeté un torchon. il pousse la porte des cuisines de la Röte Reihe et verse dans les marmites un flot de viande coupée en cubes. La mère Engel trouve bien la chair un peu pâlichonne et filandreuse, mais en ces temps de pénurie on ne fait pas la fine bouche. D'autant que Fritz la lui vend moitié moins cher que la viande de cheval. Bouillie, dégraissée puis passée à la Moulinette, la viande de Herr Detektive fait d'excellentes terrines. Lui-même grand amateur de cuisine, Haarmann vient parfois préparer sa spécialité, le fromage de tête.

Pour le réveillon de la Noël 1923, ces petits griefs de voisinage se voient néanmoins oubliés. Tout l'immeuble ou presque s'est réuni dans la salie de restaurant de la mère Engel, transformé pour l'occasion en auberge espagnole. Herr Haarmann a déclenché des cris de ravissement en descendant de chez lui une pleine bassine de boyaux d'agneau. Dans la gaieté générale, il a confectionné de délicieuses saucisses et chacun s'est régalé. Herr Haarmann a lui-même fait honneur à son plat en se resservant deux fois. Ce soir là, les rumeurs déplaisantes sur le locataire de la Röte Reihe s'envolent. Ventre comblé n'a pas d'oreilles.

MODUS OPERANDI

Le modus operandi de Haarmann était bien rodé. La nuit venue, il allait à la gare et interpellait le jeune homme qu’il avait repéré en se faisant passer pour un policier. Si celui-ci n’avait pas de papiers, Haarmann lui proposait d’aller chez lui. Grans s’éclipsait et «oncle Fritz» s’occupait de sa nouvelle «conquête». Suivant le cas, celle-ci ressortait ou non vivante le lendemain matin. Lorsqu’il tuait sa victime, pas toujours lors de leur première de nuit d’amour, c’est que Haarmann n’avait pas pu retenir la frénésie meurtrière qui s’emparait de lui pendant l’acte sexuel.

Il étranglait ses amants en pleine extase puis s'endormait à côté du cadavre. Au réveil, le corps était déjà raide et froid. Haarmann se levait, se servait une tasse de café, puis se mettait à l'ouvrage. Prenant le garçon par les pieds, il le tirait sur le plancher. Là, il étendait un torchon sur le visage du mort, dont les yeux exorbités le dérangeaient dans sa besogne. Il y a comme ça des cuisinières qui ne supportent pas l’œil vitreux du poisson qu'elles sont en train de vider...

Armé d'un couteau de boucher, Haarmann ouvrait le ventre, pratiquait des entailles à hauteur des côtes puis écartait jusqu'à ce que la cage thoracique craque comme une carcasse de poulet, il arrachait alors les poumons et le cœur puis désarticulait les bras et les jambes, les désossait et fourrait les os dans un gros sac de toile. Tout ce qui était récupérable était caché sous le lit en attendant d'être réduit en petits cubes.

Puis le boucher s'occupait de la tête : il découpait le cuir chevelu en lanières, posait le crâne dépiauté sur un chiffon pour étouffer le bruit : alors, à coups de hachoir, il brisait les jointures des plaques osseuses. Haarmann proposait parfois de la cervelle à ses meilleurs clients...

Néanmoins, les derniers temps, il avait fait preuve de négligence ou de paresse, ce qui expliquait les crânes entiers découverts en différents endroits de la ville.

La nuit, il descendait en portant un gros sac de toile plein d'ossements qu'il allait jeter dans les égouts ou directement dans la Laine. il lui fallait parfois deux ou trois voyages pour se défaire de tous les déchets.

Ce fut par la faute de cette protection policière abusive que Fritz Haarmann ne fut capturé qu’en juin 1924 alors qu’il aurait pu l’être l’année précédente. Deux commerçants avaient en effet signalé en vain aux policiers les nombreux passages de jeunes gens chez Haarmann mais aussi des bruits de scie et de hachoir en pleine nuit, ceci sans parler des sacs qu’ils l’avaient vu jeter discrètement dans la rivière.

Avec la découverte des premiers restes humains, l’affaire avait dépassé les limites de la ville et avait intrigué les autorités centrales mises au fait d’autres rumeurs concernant « l’oncle Fritz », notamment qu’il avait été vu en compagnie de certains des jeunes disparues. Les policiers de Berlin soupçonnent ceux de Hanovre de négligence coupable. Deux inspecteurs de la capitale décident de se faire passer pour des vagabonds et d'errer dans la gare centrale pour appâter le tigre. Ce piège se révélera inutile.

Mais un jour où Haarmann déambule dans les rues de Hanovre en compagnie de sa dernière conquête, un garçon nommé Kurt Fromm, pupille de l'Assistance, la conversation s'envenime, dégénère en querelle et Kurt finit par insulter Haarmann. Furieux, Herr Detektive empoigne le garçon par le col et le traîne jusqu'au poste de police pour qu'on le mette au frais sous un prétexte quelconque. Le chenapan va apprendre de quel bois se chauffe Herr Haarmann!

Dans sa cellule, Fromm ne se laisse pas impressionner. Il demande à faire une déposition. C'est un inspecteur de la brigade des mœurs qui l'écoute. Fromm déclare que Haarmann lui a mis un couteau de boucher sous la gorge et l'a menacé de mort s'il ne se soumettait pas à son bon plaisir.

L'inspecteur prête une oreille attentive. il sait que Haarmann est un mouchard et qu'il n'est pas sans appuis dans la maison. Mais il sait aussi que le ton monte en ville et que la tête de Haarmann ne tient plus qu'à un fil en haut lieu. Le trafiquant se fait trop voyant. En outre, on soupçonne que sa contrebande pourrait masquer des délits plus graves. Haarmann en croque-mitaine? On n'en est pas encore là, mais le moment est venu de passer à l'action.

Le 23 juin, Haarmann est arrêté ! ! !

La police saisit ou récupère un grand nombre de vêtements et d'objets stockés ou vendus par lui. C'est dans cet amas que les parents des disparus vont reconnaître qui une paire de bretelles, qui une casquette ou un costume. La chambre du "trafiquant" est passée au peigne fin : on découvre que le plancher est littéralement imprégné de sang.

Pourtant, Haarmann nie farouchement tout ce dont on veut l'accuser. Ce sont les gens du quartier qui vont l'accabler en apportant des articles qu'ils lui ont achetés ou en livrant leur témoignage. Hier respecté et craint à cause de sa connivence avec la police, Herr Detektive a un genou à terre. Désormais, toutes les bassesses peuvent se donner libre cours. Un peu comme dans le film célèbre de Murnau, Le Dernier des Hommes, qui quittait tout juste les écrans : le portier d'un hôtel de luxe jouit d'une grande considération dans son quartier modeste, prestige qu'il doit à un uniforme flamboyant, symbole d'autorité, et au fait qu'il évolue dans un autre monde, celui des riches, le jour où il perd son emploi et doit rendre sa belle tenue, il devient la cible de tous les quolibets, le portier n'étant plus qu'une épave. Ainsi Haarmann doit-il affronter la vengeance de tous ceux qu'il a autrefois humiliés par son pouvoir de pacotille.

La police de Hanovre ne le porte pas davantage dans son cœur. Elle craint qu'on ne l'accuse d'avoir couvert les activités criminelles du boucher. Aussi se défoule-t-elle en infligeant des sévices à son prisonnier. Celui-ci est passé à tabac, privé de sommeil et bourre de purgatifs. Cette cure intensive provoque chez le patient des crises de délire, des convulsions, suivies de périodes d'abattement et d'exaltation mystique.

Haarmann demande à voir le pasteur. Celui-ci refuse d'entendre sa confession! Sans doute s'effraie-t-il d'affronter le diable en personne...

Fritz Haarmann finit par craquer, il se met à table. Oui, il a tué de jeunes garçons et découpé leurs corps en morceaux. Combien ? il ne se souvient plus. Trente peut-être... Ou plutôt quarante? Il y a longtemps qu'il a perdu le compte. Cela fait en tout cas un sacré chapelet de saucisses... Les policiers l'écoutent médusés. Ils apprennent que lors de son arrestation pour attentat à la pudeur en 1919, il avait caché derrière le poêle une tête de garçon, enveloppée dans du papier journal. Une perquisition en règle et c'en aurait été fini du boucher...

Le passage aux aveux a transfiguré Haarmann. Tout à l'heure nerveux, aux abois, il est à présent calme et même pathétique. lorsqu'il raconte comment il s'y prenait, ses mains mesurent la longueur des morceaux de viande et miment les coups de hachoir. Il ne peut s’empêcher de distiller des recommandations de maître queux sur l'usage et la qualité des différents abats. On a l'impression qu'il se libère d'un fardeau, qu'il vide son cœur.

Suite aux aveux de Haarmann, Hans Grans est arrêté le 8 juillet 1924. Le procès des deux hommes va se tenir en décembre de la même année, dans une atmosphère d'élections législatives et de renouvellement du Reichstag. On prend grand soin de ne pas évoquer le rôle de la police dans la "protection " du tueur-indicateur. Quelque deux cents témoins défilent devant la cour, fresque inquiétante d'une humanité interlope qui émerge à l'air libre l'espace d'un moment, la mine arrogante ou le front bas : jeunes dévoyés, prostituées, souteneurs, trafiquants, voisins vindicatifs qui digèrent mal les terrines de Haarmann. les festins d'hier leur pèsent sur l'estomac, à défaut d'alourdir leur conscience.

Sur les nombreux cas de disparitions inexpliquées, vingt-quatre "seulement" ont été retenus, vingt-quatre pour lesquels l'accusation est persuadée de pouvoir établir la culpabilité de l'accusé. Dans cette ambiance d'horreur et de nausée, l'émotion est parfois vive. La mère d'une des victimes vient témoigner à la barre, on lui demande d'identifier la boite à outils de son fils apprenti électricien. Elle s'effondre sans connaissance.

Lorsque Haarmann en vient aux descriptions, un silence se fait dans la salle. le moment qu'on redoutait, ou qu'on attendait, est arrivé. Le boucher n'est pas avare de détails pratiques: il débite (!) de véritables horreurs sur un ton égal. Et ce n'est rien comparé aux nerfs d'acier qu'il lui a fallu pour accomplir ce qu'il décrit ! il ne semble éprouver aucune répulsion pour les cadavres. Car il faut tout de même l'imaginer, ce Herr Detektive, dans sa chambrette, en train de découper ses victimes en rondelles avant d'aller les écouler en amuse-gueule auprès de ses voisins!

Dans la salle, on ne l'écoute plus. On en est resté aux quartiers de viande crue et saignante.

Parce qu'il menaçait de mettre en lumière les collusions entre police et pègre, le procès fut rapidement expédié. Les témoignages risquant d’entraîner la cour sur cette pente dangereuse se virent écourtés. Trop pressée de se débarrasser d'un accusé encombrant, la justice ne chercha donc pas à démêler le nœud de contradictions que recelait sa personnalité.

Haarmann tuait-il dans une crise de pur sadisme, comme son contemporain le Vampire de Düsseldorf, ou par intérêt? Agissait-il pour satisfaire un plaisir égoïste ou par dévotion pour Hans ? Etait-il un lâche, un faible s'attaquant à plus faible que lui, ou un criminel d'une audace invraisemblable, qui assassina des dizaines de personnes au nez et à la barbe de ses voisins? N'était-il qu'un être bestial ou pouvait-on lui accorder une dimension romanesque?

- Je suis sain de corps et d'esprit, déclara Haarmann lors du procès. Il m'arrive seulement d'avoir des lubies de temps en temps. Je demande à être décapité. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Après, j'aurai la paix.

Le 19 décembre, Haarmann vit son vœu exaucé, il fut condamné à mort... vingt-quatre fois.

Le Boucher de Hanovre fut exécuté début 1925, dans la plus grande discrétion. On préféra l'oublier au plus vite. De nombreux habitants de la ville n'avaient-ils pas été ses complices involontaires en mangeant qui une terrine, qui des saucisses à base de viande humaine? Après coup, ils durent ressentir quelques contractions d'estomac. Les plats trop lourds donnent souvent des cauchemars.

Le vampire de Wroclaw

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
Le Linceul de la Morte


Goethe aussi bien que Sheridan le Fanu se sont inspirés d’une légende ancienne dont Selt donne la teneur en 1833 : après avoir mené une vie dissolue, une femme revint dans la ville de Wroclaw.

“Ce que l’on avait déjà supposé et dit de son vivant s’avéra : la mauvaise femme ne connaissait pas le repos dans son tombeau. Le guetteur de la tour Sainte-Elisabeth remarqua avec terreur que, chaque nuit, quand sonnait l’heure des esprits, cette personne sortait de son sépulcre, jetait son linceul sur le tumulus et partait d’un pas vif vers son domicile où, une heure durant, elle mesurait sans cesse des coupons de toile, mesurant sans fin jusqu’à ce que la sueur perlât sur son front et que ses yeux saignassent .

Une nuit, ayant constaté que la revenante sortie de sa tombe avait jeté son suaire et était partie vaquer à ses affaires, le guetteur descendit de la tour, gagna la fosse, s’empara du linceul et retourna promptement à son poste. Lorsqu’il veut fermer la petite porte et gravir l’escalier en colimaçon, il a soudain une idée et, par prudence, il trace trois fois le signe de la crois sur l’huis.

Là-dessus, il le ferme et monte, le vieux linceul sous le bras, rapidement l’escalier jusqu’à son poste élevé et jette le suaire sur un petit autel de bois. Il se met à la fenêtre d’où il peut embrasser du regard le cimetière et les tombes.

On était arrivé à minuit quarante-cinq : la revenante regagna sa demeure. Elle ne trouve pas son linceul, son regard se porte aussitôt vers la fenestrelle d’où le guetteur indiscret observe la scène et sursaute devant ses gestes furieux. Mais son effroi grandit encore quand il voit que la revenante prend d’un pas rapide le chemin de la tour. Plus elle approche, plus le guetteur est terrifié. il joint ses mains pour prier, et ses lèvres bégaient sans qu’il en ait conscience. Voilà la morte à l’entrée, elle aperçoit le signe sacré et recule en tremblant. Le guetteur horrifié s’est un peu plus penché hors de la fenêtre. Quand il voit l’effet produit par la croix, il veut rentrer dans son logis pour remercier Dieu de l’avoir sauvé, mais quand il jette un dernier coup d’oeil pour voir si la revenante a fait demi-tour, il constate avec horreur que celle-ci se met à escalader le mur de la tour . La panique le saisit, ses membres sont comme pétrifiés, il ne peut plus quitter la fenêtre, reste là, fasciné, et il ne peut s’empêcher de regarder l’autre qui se rapproche de plus en plus. Il peut déjà apercevoir son visage convulsé de rage, que la lune baigne d’une lumière blême. Ses cheveux se dressent sur sa tête. La revenante arrive à la galerie, elle va s’y hisser, le guetteur s’effondre sur le sol avec un cri d’épouvante. Une heure sonne. Aussitôt, les os des mains décharnées lâchent la balustrade, les jambes ne serrent plus le pilier qu’elles enlaçaient et, avec fracas, la morte chute sur le sol dur du cimetière.

Le lendemain matin, on trouva le corps terriblement abîmé mais encore reconnaissable de cette maudite femme. Le peuple, qui avait entre-temps ouï la nouvelle du terrible incident - à la suite duquel le guetteur était tombé malade de la terreur éprouvée, - ne supporta pas qu’on place le corps en terre consacrée. On fit appel au bourreau : il trancha la tête avec une bêche et, plaçant le corps sur une peau de vache , on alla l’enterrer sous le gibet. Le guetteur ne survécut guère à cette horrible nuit, mais on ne revit jamais la revenante. Cet événement terrifiant fut gravé dans le métal par un artiste et l’image s’en vit jusqu’au début de ce siècle sur l’une des portes de l’église Sainte-Elisabeth, sur le côté, cachée dans le mur .”

William Laudun

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
Chanoine de Lincoln, puis archidiacre d'Oxford, l'anglais Walter Map (1140??-1208??) a relaté, dans son "De Nugis Curialium" (rédigé entre 1181 et 1193), le cas d'un certain William Laudun, soldat anglais revenu d'entre les morts...

"William Laudun, soldat anglais, homme connu pour sa grande force et son courage, alla trouver Gilbert Foliot, qui était alors évêque de Hereford, mais qui est maintenant évêque de Londres, et lui dit : "Monseigneur, je viens vous demander conseil. Un certain malfaiteur gallois est mort récemment à mon domicile. C'était un homme qui affirmait ne croire en rien, et après un intervalle de quatre nuits, il est revenu chaque nuit et n'a pas manqué à chaque occasion d'appeler nominalement d'un ton sévère l'un de ses anciens voisins. Dès qu'il les appelle, ils tombent malade et meurent au bout de trois jours, si bien que, maintenant, il n'en reste plus beaucoup."
L'évêque, qui était tout à fait stupéfait, répondit : "Le Seigneur a peut-être donné à l'esprit mauvais de ce misérable gredin le pouvoir de se réveiller et de faire marcher son corps mort. Il faut cependant exhumer le cadavre et l'égorger tout en aspergeant d'eau bénite le corps et la tombe et, cela étant fait, l'enterrer de nouveau.


" Ce qui fut dit fut fait, mais néanmoins les survivants étaient tourmentés et attaqués par l'esprit errant. Il arriva alors qu'une certaine nuit, tandis qu'il n'y avait plus beaucoup de survivants, le nom de William lui-même fut appelé trois fois. Mais lui, étant courageux, actif et perspicace, sortit de chez lui en courant, brandissant son épée dégainée. Le démon s'enfuit, mais il le poursuivit jusqu'à sa tombe et, alors qu'il s'y allongeait, il sépara proprement la tête du corps d'un coup d'épée. A partir de ce moment précis, la persécution que les gens subissaient de la part de ce vagabond démoniaque cessa et depuis lors ni William lui-même ni quiconque parmi les autres n'a subi aucun mal."

Walter Map,
De Nugis Curialium (1181-1193)


Le vampire de l'abbaye de Melrose

Posté le 20.10.2006 par cadavresexquis
Historien et chroniqueur, l'anglais William of Newburgh (1136 - 1208?) nous fait ici le réçit d'une "chasse au vampire" se déroulant dans les environs de l'abbaye de Melrose (Angleterre). Il s'agit d'un extrait de l'Historia Regis Anglicarum (1196)

"Il y a quelques années mourut l'aumônier d'une certaine dame de haut rang, et il fut inhumé dans ce majestueux monastère qu'est l'abbaye de Melrose. Malheureusement ce prêtre ne respectait guère les voeux sacrés de son saint ordre et il passait ses jours presque à la façon d'un laïc... Et ce qui se passa après sa mort montre de façon tout à fait évidente qu'il était généralement tenu en piètre estime et que sa culpabilité était très condamnable et même détestable. Pendant plusieurs nuits, il sortit de sa tombe et tenta de pénétrer par effraction dans le cloître, mais il échoua et ne put molester ni alarmer qui que ce soit si grands étaient les mérites et la sainteté des bons moines qui habitaient là. Après quoi, il décida d'aller plus loin et il apparut soudain dans la chambre à coucher, au chevet même de la dame dont il avait été l'aumônier, poussant des cris extrêmement perçants et des gémissements à fendre l'âme. Cela s'étant reproduit plus d'une fois, elle fut presque folle de frayeur, redoutant qu'un terrible danger pût lui arriver, et convoquant un frère supérieur du monastère, elle le supplia les larmes aux yeux de faire dire spécialement des prières pour elle puisqu'elle était tourmentée de la façon la plus extraordinaire et la plus inhabituelle. Quand il entendit son récit, le moine calma son anxiété... et promit de trouver sous peu un remède. Rentré au monastère, il divulga son plan à un vieux moine avisé et ils décidèrent, en compagnie de deux jeunes gens robustes et courageux, de monter la garde dans la partie du cimetière où était enterré le malheureux prêtre... Minuit avait déjà sonné et il n'y avait pas trace du monstre. Trois des compagnons se retirèrent donc un moment pour se réchauffer près du feu dans un bâtiment non loin de là... mais le moine qui leur avait demandé de se joindre à lui décida de continuer à monter la garde. Tandis qu'il restait seul sur les lieux, le Diable, pensant trouver une belle occasion de miner le courage et la ténacité de cet homme pieux, fit lever de sa tombe celui qui lui servait d'instrument... Quand le moine vit le monstre tout près de lui, il fut saisi d'horreur, mais il retrouva aussitôt son courage... Au moment où le monstre se ruait sur lui en poussant un affreux hurlement, il resta sur place et lui asséna un terrible coup de hache. Quand le mort reçut cette blessure, il poussa un terrible gémissement et, faisant volte-face, il s'enfuit aussi vite qu'il était apparu. Mais le courageux moine le poursuivit et le contraignit à se réfugier dans sa tombe. Celle-ci sembla s'ouvrir aussitôt d'elle-même pour le laisser entrer et elle se referma rapidement sur lui...

Quand ils (les trois autres moines) entendirent toute l'histoire, ils décidèrent dès l'aube de déterrer ce maudit cadavre... Quand ils eurent enlevé la terre et mis au jour le cadavre, il le trouvèrent marqué d'une terrible blessure, tandis que le sang noir qui s'en était écoulé avait apparemment inondé toute la tombe. La charogne fut transportée à un endroit éloigné du monastère, où elle fut brûlée sur un grand bûcher et les cendres en furent éparpillées aux quatre vents."


William of Newburgh
Historia Regis Anglicarum,
chap. XXIV (1196


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