HISTOIRE DU VAMPIRISME
Posté le 19.10.2006 par cadavresexquis
Le vampirisme a des antécédents dans nombre de civilisations et de populations . De nombreux contes y font référence , depuis LES CONTES DU VAMPIRE en sanskrit , jusqu'au conte des MILLE ET UNE NUITS . Pour les chinois et les malais , tout comme les hongrois , les bulgares et les roumains , l'ail constitue l'un des meilleurs moyens d'éloigner les mauvais esprits . Le vampire , quels que soient les noms qu'on a pu lui donner , atteint la dimension d'un véritable archétype surgi des profondeurs de l'inconscient collectif de l'humanité .
Malgré l'universalité du mythe , les vampires ont trouvé une niche écologique de prédilection dans les montagnes des Carpates et dans les pays voisins . En Transylvanie , en Yougoslavie , en Bulgarie ou en Grèce , les églises orthodoxes furent moins dures dans la répression des anciennes croyances populaires que le catholicisme romain . L'inquisition catholique était particulièrement soucieuse d'extirper les superstitions , jugées païennes , liées au vampirisme ... mais non sans d'interessantes contradictions . C'est ainsi qu'en 1486 , le MALLEUS MALEFICARUM , résultant de la longue enquete menée par deux dominicains , Jacob Sprenger et Heinrich Kramer , sur les esprits maléfiques , concluait à la réalité des morts vivants . Une affirmation que les théologiens du protestantisme tels Luther et Calvin ne jugèrent pas utile de réformer .
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Posté le 19.10.2006 par cadavresexquis
Dans la haute antiquité grecque , l'on trouve des germes de croyances selon lesquelles , pour prendre force , les ames des morts se nourrissent de sang , tout comme les vampires . Selon l'odyssée , Ulysse , durant sa descente dans l'empire des morts ( les champs elysées souterrains ) , fit égorger des moutons dont le sang insufla l'énergie vitale aux augustes ombres invoquées par l'astucieux roi d'Ithaque .
D'ailleurs une croyance d'Athènes prescrivait d'offrir aux morts de la nourriture et du vin durant un mois de l'année , quand ils réaparaissaient comme revenants . Dans différents pays , dont la Roumanie d'aujourd'hui , les banquets qui suivent les enterrements reflètent une croyance en l'au-delà de la mort , . On y partage des aumones en vin et en nourriture ( dont la célèbre coliva , grains de blé bouillis avec des aromates et du sucre ) . On peut penser qu'il s'agit là de vestiges de l'ancien cannibalisme , du temps où l'on consommait au festin mortuaire ... le mort lui-même .
Posté le 19.10.2006 par cadavresexquis
Qu'on se rappelle de l'histoire de la famille de Nicolas II , dernier tsar de Russie , et son fils hémophile . Leurs démêlés avec le guerisseur Raspoutine ne furent pas étranger avec leur discrédit . En ce temps là , une maladie de ce genre pouvait bien apparaitre comme un effet de la vampirisation . Si l'on accepte la définition commune selon laquelle le vampire est une créature d'outre tombe , unj fantome qui sort , couvert par les tenebres de la nuit , pour sucer le sang des vivants , l'on retrouve des racines antiques à de telles croyances .
Les religions qui nourrissaient leurs dieux de sacrifices humains ou animaux en arrosant du sang des victimes les autels , se réfèrent sans doute au mythe de Kronos dévorant ses enfants . Il s'agit là d'une séquelle antique projetée sur le père de Zeus , d'une ancienne coutume de cannibalisme aboutissant à boire dans des cranes humains le sang de l'ennemi . L'eucharistie chrétienne ne fit que sublimer ces symboles en leur donnant la signification d'une communion mystique avec la divinité .
Posté le 16.10.2006 par cadavresexquis
Une légende roumaine considère les chauves-souris comme des souris maudites pour avoir mangé et souillé le pain consacré par l'eucharistie sur l'autel des eglises . Longtemps , les maladies inexplicables , les épidémies et les épizooties ruineuses ont hanté la conscience des humains . Ceux-ci attribuaient ces maladies à des malédictions diverses ou à un chatiment divin .
De nos jours , des interprétations de ce type existent encore lorsque s'imposent des maladies incontrolées . La croyance au vampirisme a souvent découlé de la paleur cadavérique des grands malades victimes de leucémies , d'anémies pernicieuses ou autres maladies directement sanguines . L'hémophilie ( hémorragie par défaut de coagulation normale du sang ) a donné longtemps prétexte à soutenir son existence ...
Posté le 16.10.2006 par cadavresexquis
Les parasites qui sucent le sang - identifié à la substance de la vie humaine - se rencontrent dans la biosphère comme des vampires naturels . Ces parasites sont également dans l'histoire , les vecteurs de maladies graves . Les poux ont véhiculés le typhus exanthématique , les moustiques la malaria , les rats la peste , les chauves-souris la rage , etc ..
Le dessin des ailes de ces dernières fut volontiers exploité dans l'iconographie chrétienne pour représenter Satan et les anges des ténèbres . La chauve-souris ( compagnon de route de Dracula dans certains films ) inspire une crainte superstitieuse par identification à l'esprit maléfique . Cette crainte date probablement du temps reculé des cavernes , où la chauve-souris rivalisait pour l'habitat avec l'homme préhistorique qu'elle exposait , par ailleurs , à certaines maladies transmissibles ...
Posté le 14.10.2006 par cadavresexquis
COMMENT DEVIENT -ON UN VAMPIRE
Si tout être humain est théoriquement susceptible de devenir un vampire après sa mort , certaines personnes le sont plus que d'autres , comme les excommuniés , les suicidés , les victimes de mort violentes , les sorciers , les enfants morts-nés et toute personne qui n'a pas bénéficié d'une sépulture chrétienne . Certains individus sont prédisposés à ce funeste destin en raison de particularités congénitales comme le fait d'être né avec des dents , d'être né coiffé , d'avoir les yeux très foncés ou au contraire d'un bleu très clair , d'avoir les cheveux roux comme Judas ou encore d'avoir des tâches rouges sur le corps .
Quand de telles personnes décèdent , il faut redoubler de précautions au moment de la mise en bière et de l'inhumation . En Roumanie on enfonce un clou dans le front du défunt , ou on transperce son corps de coups d'aiguilles , ou encore on l'enduit de la graisse d'un cochon tué le jour de la saint ignace . Pour empêcher l'âme du présumé vampire de réintégrer son corps , on peut placer dans sa bouche un objet tel qu'une gousse d'ail en Roumanie , une hostie consacrée en Grèce ou simplement un citron en Saxe . Afin que le corps ne puisse quitter sa tombe , on le cloue au fond de son cercueuil . Dans les sudètes , on enroule le corps dans une sorte de bas : le vampire doit chaque année en défaire une maille . En Russie , on met des graines de pavot dans le cercueil : le vampire doit les recompter chaque nuit . On enterre systématiquement les suicidés et les excommuniés à la croisée de deux chemins . Pour protéger une maison contre l'attaque d'un vampire , en Serbie , on peint une croix au goudron sur les portes et les fenêtres ; en Roumanie , on suspend des gousses d'ail dans toutes les pièces et on frotte d'ail les portes , les fenêtres , les cheminées et les trous de serrure ; en Russie on dispose des graines de pavot ou des épines d'églantier sur toutes les routes menant au cimetière ; le vampire doit les ramasser une à une .
Posté le 14.10.2006 par cadavresexquis
L'hypertrophie dentaire , chère aux cinéastes , est un trait qui rappelle les crocs du loup-garou mais semble avoir été inventé de toutes pièces par la littérature de fiction et le cinéma . Le vampire , en général , ne mors pas ses victimes , il aspire plutôt le sang par succion à travers les pores de la peau quand il ne les dévitalise pas à distance , comme les Nachzehrer . La chauve-souris , au cinéma , est un avatar quasi obligatoire du vampire , sans doute parce que le naturaliste Buffon a donné en 1761 le nom de vampire à des chiroptères d'Amérique latine qui sucent le sang des bovins . En réalité , le vampire légendaire est capable de se transformer en toutes sortes d'animaux , comme les araignées ou les papillons , mais aussi en brouillard ou en fétu de paille .
L'ail n'est pas comme on le croit un remède universel contre les vampires . Cette croyance a surtout été attestée en Roumanie . En revanche il est vrai que le vampire ne peut sortir que la nuit et doit réintégrer sa tombe avant le chant du coq . Il craint l'eau bénite , car l'eau sacrée est source de vie , ainsi que les hosties consacrées et le symbole de la croix . Le pieu plongé dans le coeur du vampire , enfin , constitue bien le meilleur moyen de mettre fin a son existence sacrilège , mais contrairement à ce que nous enseigne le cinéma , cette condition nécessaire n'est pas toujours satisfaisante .
COMMENT RECONNAITRE UN VAMPIRE
Les traités du XVIII°siècle sur le vampirisme , puis par la suite , les enquêtes entreprises sur le terrain au XIX° siècle ont permis de dégager les grands traits de cette mythologie . Il existe là aussi de nombreuses variantes selon les pays d'Europe . D'une façon générale , on reconnaît le vampire à ce que , dans sa tombe , son crops est préservé de la raideur et de la corruption cadavérique , et cela plusieurs semaines après son inhumation . Une autre particularité est son système pileux anormalement développé : ses sourcils broussailleurx se rejoignent et il a des poils dans la paume de ses mains . Les vampires roumains ont parfois une queue assez courte et couverte de poils qui peut grossir sous l'effet de la chaleur et qui est censée leur donner des pouvoirs surnaturels .
Lors des épidémies de vampirisme , pour identifier le coupable , on fait parcourir le cimetière par un cheval entièrement noir ou entièrement blanc , n'ayant jamais sailli monté par un adolescent vierge . Le cheval se cabre devant la tombe renfermant le vampire . La présence dans le sol de petis orifices à proximité d-une tombe est également une preuve , le vampire sortant par ces trous sous la forme d'un brouillard . Les personnes nées de l'union d'un vampire et d'une mortelle ont le don de repérer infailliblement les vampires . On les appelle Vampiritch ou Vampirovitch en Serbie , Dhampires en Bohême et en Hongrie
Posté le 14.10.2006 par cadavresexquis
En France , les auteurs de l'encyclopédie sont agacés de tout le bruit fait autour des vampires et Voltaire s'en indigne dans l'édition de 1787 de son dictionnaire philosophique , tandis que Rousseau fustige la croyance aux vampires dans une lettre adressée à l'archevêque de Paris . Tous deux se demandent comment une telle superstition a pu se développer en plein siècle des lumières .
Le mérite des traités sur le vampirisme en Occident est à la fois d'avoir fait connaître au grand public un ensemble de croyances dont seuls quelques voyageurs ou diplomates avaient eu vent jusque-là et d' avoir fait du mot vampire un terme générique reconnu par tous . Alors qu'il existait auparavant différents termes pour désigner les revenants en corps suceurs de sang , le mot vampire , orthographié de manières très diverses ( vampyr , vampyre , wampire , etc ...) ou son équivalent latin vampirus , a été systématiquement utilisé à partir de 1732 , c'est à dire après l'affaire de Paole .
LES PRINCIPALES CARACTERISTIQUES DU VAMPIRE
C'est à partir du XVIII°siècle que les trois caractériqtiques qu idonnent au vampire sa spécificité sont enfin réunies : le vampire est un revenant en corps et non un fantôme etheré ou un démon , il sort la nuit de sa tombe pour sucer le sang des mortels afin de prolonger son existence posthume , enfin ses victimes deviennent à leur tour des vampires après leur mort .
Le cinéma a donné du vampire légendaire une image un peu déformée qui tend a grossir éxagérement certains traits ou , au contraire , à en minimiser d'autres . L'absence d'image spéculaire , par exemple , n'est pas un trait universel du vampire . Cette croyance n'est attestée que dans certaines régions de culture germanique où le vampire est dépourvu d'ombre , le reflet et l'ombre symbolisant l'âme que le mort vivant est censé avoir perdue
Posté le 14.10.2006 par cadavresexquis
Parmi les traités postérieurs à l'affaire Arnold Paole , il faut citer la Dissertatio physica de Cadaveribus sanguisugus , de Johan Christian Stock ( Iéna - 1732 ) et la Dissertatio de Vampiris Servensisibus de Johan Heinrich Zopf ( Halle - 1733 )
L'EGLISE CONSACRE INVOLONTAIREMENT LE VAMPIRISME
Devant cette avalanche de traités scientifiques , l'église ne peut rester muette . L'un des ouvrages les plus célèbres de l'époque , écrit par un ecclésiastique est le Traité sur les revenants en corps , les excommuniés , les oupires ou vampires , broucolaques de Hongrie , de Moravie , etc , publié en deux volumes à Paris en 1746 par Dom Augustin Calmet , moine bénédictin de l'abbaye de Sénonces et célèbre éxégète de la bible . Voulant réfuter la croyance aux vampires , Dom Calmet a répertorié un nombre impressionant de cas de vampirisme et son ouvrage , pour anecdotique et parfois naïf qu'il soit , présente un grand intérêt pour les historiens , les sociologues et anthropologues . D'autres ecclésiastiques occupant de hautes fonctions dans la hiérarchie , ont donné malgré une sorte de consécration officielle au vampirisme en faisant connaître le point de vue de l'église . C'est la cas de Giuseppe Davanzati , archevêque de Florence et patriarche d'Alexandrie , avec sa Dissertatione sopra i vampiri ( Naples - 1774) et surtout du pape Benoit XIV , Prospero Lambertini , qui consacre quelques pages aux vampires , pour en réfuter l'existence au nom de la raison , dans le livre IV de la seconde édition de son volumineux De servorum Dei Beatifacatione et de Beatorum Canonizatione (Rome - 1749 )
Posté le 14.10.2006 par cadavresexquis
LE DISCOURS DES MEDECINS , DES CLERCS ET DES PHILOSOPHES
Les anecdotes concernant les prétendues manifestations de vampirisme relevaient jusque là essentiellement d'une tradition orale alimentée par des récits transmis de génération en génération ainsi que par des rumeurs ou de simples commérages . Au XVIII° siècle , qui symbolise pourtant le triomphe de la raison sur la superstition , elles sont consignées , répertoriées et analysées dans des ouvrages plus ou moins érudits dont les auteurs sont pour la plupart des médecins et des ecclésiastiques de renom .
Un premier traité , publié à la fin du XVII°siècle à Leipzig , la Dissertatio historica philosophica de Masticatione Mortuorum ( 1679 ) d'un certain Philip Rohr avait tenter d'expliquer le phénomène des morts qui mâchaient dans leur tombe , par la possession diabolique de leur corps . Ce livre suscite au XVIII° siècle une controverse passionnée entre ceux qui acceptent l'explication surnaturelle de Rohr et ceux qui la rejettent au nom de la raison , mettant les faits rapportés sur le compte de la superstition et de l'ignorance .
Dans son traité devenue célèbre , De Masticatione Mortuorum in tumulis Liber , publié à Leipzig en 1728 , Michael Ranft , réfute les thèses de Rohr , affirmant que si les morts peuvent agir sur les vivants , ils ne peuvent en aucun cas leur apparaître sous une forme tangible et que le démon n'a pas le pouvoir de pénétrer dans le corps des défunts